Rencontre avec Éric Lenoir, paysagiste et auteur
Invité des Florales, Éric Lenoir, paysagiste et auteur du Petit traité du jardin punk, a animé deux conférences sur la manière de concevoir des jardins et des espaces publiques plus libres et respectueux du vivant.
Pouvez-vous nous rappeler ce que signifie pour vous un “jardin punk” ?
« Le jardin punk est une réponse à un certain nombre de contraintes qui font que beaucoup de gens jardinent mal. Sous prétexte qu’on n’a soi-disant pas le temps, pas d’argent ou pas de compétences, on agit souvent de manière simpliste, radicalement interventionniste, en faisant table rase de tout pour “simplifier” l’entretien. Mais cela a des effets désastreux. C’est à peu près la même chose, à l’échelle du jardin, que ce que provoquent les grandes monocultures annuelles dans le monde agricole. On questionne souvent les agriculteurs sur leurs pratiques, mais on oublie que les jardiniers, et parfois même les collectivités, ont eux aussi des pratiques très délétères. »
Avez-vous remarqué une évolution dans la manière dont les gens perçoivent ce type de jardin ?
« Oui, les choses s’améliorent à bien des niveaux. Beaucoup de collectivités ont déjà pris un virage important. Cela fait au moins trente ans que certaines pratiquent ce qu’on appelle la gestion différenciée : on entretient de façon très soignée les espaces proches des bâtiments municipaux ou des lieux fréquentés, pour satisfaire les usagers, et ailleurs, en périphérie des parcs ou sur des zones moins sensibles, on laisse davantage pousser l’herbe, les broussailles, ou même des arbres qui s’installent naturellement. »
Que représente pour vous un événement comme les Florales ?
« C’est avant tout un témoignage à destination du public et des élus locaux. C’est l’occasion de leur montrer ce qui existe, ce à quoi ils n’adhèrent pas forcément au départ, ou dont ils ignorent parfois même l’existence. Cela permet aussi aux collectivités déjà engagées, comme ici le Pays du Ruffécois, de montrer pourquoi elles vont dans cette direction. »
Pour finir, quelle plante vous inspire le plus en ce moment ?
« Je vais être un peu grossier… Celle qui réussira à survivre au réchauffement climatique, à l’érosion de la biodiversité, et qui continuera à pousser tout en nourrissant les êtres vivants, y compris les humains. »